Comment transformer une matière dense — flux d'énergie, consommations d'eau, trajectoires d'émissions de CO₂ sur trente ans — en une application de planification lisible, où décideurs publics et industriels peuvent comparer des scénarios, prévoir et arbitrer à l'horizon 2050.
Le bassin industrialo-portuaire de Dunkerque est l'un des territoires les plus émetteurs de CO₂ de France — environ 21 % des émissions industrielles nationales. Le programme DKarbonation, lauréat du premier appel à projets « Zones industrielles bas carbone » (ZIBaC) lancé par l'ADEME, vise à transformer ce bassin en référence de l'industrie décarbonée, avec un objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050.
Dans ce cadre, Egis a été consulté pour concevoir une application dédiée à la planification et à la prévision des réseaux d'énergie et d'eau du site, en réponse à un appel d'offres. La réponse s'est appuyée sur les données et les enseignements du projet Syrius, l'initiative jumelle menée à Fos-sur-Mer.
Ma mission : traduire des enjeux techniques et métiers complexes en interfaces claires et pédagogiques, et donner aux parties prenantes une projection crédible de l'application cible pour appuyer la réponse à l'appel d'offres.
Rendre l'incertitude lisible. Une application de planification énergétique manipule des projections, pas des certitudes : plusieurs scénarios d'infrastructures, plusieurs hypothèses d'investissement, plusieurs trajectoires d'émissions, sur trente ans. Le risque était double — une interface trop simplifiée trahit la complexité réelle ; une interface trop dense décourage les décideurs. Il fallait un outil assez rigoureux pour les ingénieurs, et assez clair pour des élus et des industriels qui doivent arbitrer vite.
« Ce qui m'a intéressé dans DKarbonation, c'est l'écart entre la complexité du sujet et le besoin de clarté des décideurs. On parle de trajectoires sur trente ans, de scénarios qui s'excluent les uns les autres, de données que personne ne lit de la même façon selon qu'on est ingénieur, élu ou industriel. Mon rôle n'était pas de simplifier cette matière — c'était de la rendre arbitrable : concevoir des écrans où l'on peut mettre deux futurs énergétiques côte à côte et comprendre, en quelques secondes, ce que chacun engage. »